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Archives sur le CEP et les essais nucléaires en Polynésie Françaises

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Rapport de la section syndicale CFDT-BIII de Mururoa suite au cyclone du 12 mars 1981

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Contamination à Mururoa

Historique
Au cours des campagnes de tirs aériens, il avait été procédé à des tirs appelés «tirs de sécurité» (tirs destinés à vérifier le bon fonctionnement des dispositifs de sécurité d'une arme en cas d'accident), au-delà de la zone de Mururoa, baptisée «Denise». Ces essais avaient lieu sur terre et non au-dessus du lagon, comme pour les tirs nucléaires. Ils n'entraînaient pas de réaction de fission ou de fusion nucléaire, mais provoquaient, entre autre chose, la dispersion du plutonium, pulvérisé par l'explosion chimique - on peut estimer à plusieurs kilogrammes, la quantité de plutonium mise en jeu par ces essais -.

A la suite de ces tirs, et pour éviter que le plutonium pulvérisé, transporté par le vent, ne vienne contaminer l'ensemble de l'atoll, les autorités de l'époque décidaient de procéder à la fixation du Pu au sol, en faisant effectuer un goudronnage des zones contaminée. Ce faisant, les autorités répondaient aux besoins immédiats de non extension de la contamination, mais pensaient-elles que le Pu resterait ainsi fixé, pendant des millénaires? (période du Pu = 24.400 ans).


Les faits
Le 12 mars 1981, une tempête d'une rare intensité se déploie sur Mururoa. Des habitations de Base-vie sont évacuées en pleine nuit, parce que menacées par l'eau. Le lendemain matin, on constate le désastre :

- Désastres matériels évidents: des shelters détruits, des installations essentielles à la vie à Mururoa très endommagées (distillation de l'eau de consommation), des véhicules emportés, etc., etc. Certains quais sont déchaussés, etc., etc.
- Désastre sur l'environnement: le goudron fixant le Pu a été arraché, il s'est répandu sur le lagon et poussé par le vent de Nord-Ouest, il s'est dispersé sur les plages de Mururoa. Ainsi le goudron fixateur de Plutonium est devenu le véhicule du Pu, sous l'effet de la tempête.

Les fûts contenant des déchets radioactifs (gants, bottes, vêtements...) ont été également emportés et répandus sur le lagon où ils se déplaçaient au gré du vent, comme des bouchons.



Comment sont rapportés ces événements en métropole
:

Des missionnaires revenant de Mururoa rapportent ces nouvelles. Des discussions s'engagent.

Des questions se posent:
«On voit des personnes en tenue chaude parcourir la plage de Base-vie avec des appareils de détection et pourtant la plage n'est pas interdite... Pourquoi ?

Ces contrôles sont-ils positifs, négatifs, secrets ?
Tous les autres rivages et platier sont interdits. Pourquoi la plage de Base-vie ne l'est-elle pas ?

Pourtant, selon la direction du vent, Base-vie aurait du être arrosée

Certains farés ont été envahis par l'eau. Sont-ils contaminés ?

Tous les animaux qui nous entourent et qui errent partout (chiens, chats, mouches, rats, etc.) ne transportent-ils pas de la contamination, eux aussi ? »


L'information officielle

Le 18 mai 1981: Un C.H.S. a lieu, mais... aucun bilan sérieux n'a pu encore être fait. «Des barbelés sont posés pour interdire certaines zones. Le ramassage de tous les débris ayant pu véhiculer du Pu s'avère être une tâche extrêmement difficile et compliquée, du fait de la petitesse des grains de Pu, de la difficulté de les détecter et de la quantité de débris».

Le 16 juillet: Une réunion est provoquée par la direction des Essais. Elle réunit tous les représentants syndicaux, représentants du personnel et Conseillers d'unité que l'on a pu trouver sur le Site. Pour la Direction des Essais, il s'agit de rassurer les gens: «Le plutonium ne pouvant se dissoudre dans l'eau, le Directeur n'interdit pas les baignades et autres jeux d'eau qu'il considère comme nécessaires au moral des travailleurs. Le plutonium se dépose sur les plages, porté par le goudron, il ne faut pas en ingérer de quelque manière que ce soit».

Les autorités du C.E.A. auraient désiré que toutes ces informations secrètes puissent être élargies par une classification «confidentielle». Les autorités militaires s'opposent à ce désir et maintiennent le «Secret Défense».

Le 4 août 1981 : Le Ministre de la Défense Charles HERNU, fait une visite sur le Site. Des sanctions sont prises à l'encontre du responsable du S.M.S.R. (Service Mixte de Sécurité (civil et militaire- Radiologique). On demande au C.E.A. de prendre une sanction semblable contre le chef du S.P.S. (Service de Protection des Sites). Ces deux services étant chargés de la protection radiologique sur le Site de Mururoa. Le C.E.A. s'exécute: le chef du S.P.S. est limogé. Le Ministre de la Défense donne des instructions pour que toutes ces affaires restent «Secret Défense». (Certains déchets sont mis en fût, d'autres... sont brûlés... !)

Le 22 septembre 1981 : Devant ces problèmes de contamination et de mutation arbitraire, les personnels des Essais menacent de grève la Direction du C.E.A. si ces mesures de mutation ne sont pas rapportées. La Direction des Essais confirme les informations que nous connaissons, précise qu'elles sont «Secret Défense» et indique qu'il ne sera pas possible de rapporter les mesures de déplacement puisque ce sont des décisions «politiques» prises par le Ministre de la Défense. Quant aux mesures de protection à prendre, la Direction du C.E.A. s'interroge: Faut-il interdire la baignade? Faut-il construire un mur le long du lagon à Base-vie, avec les conséquences que cela entraînera sur la qualité de la vie? Une digue serait renforcée ou construite côté Océan pour protéger Base-vie des tempêtes et des vagues, pouvant provenir de Fangataufa si on rouvre ce champ de tir.


Le point sur le plutonium

«Dossier électronucléaire» S.N.P.E.A./C.F.D.T. -Editions du Seuil.

Le Pu 239 est l'isotope le plus courant. Période : 24.400 ans. Activité: 6,2 centièmes de curie par gramme

Le danger le plus grand est celui de l'induction de cancers des os et des poumons. Des expériences de laboratoire montrent que des cancers peuvent être provoqués sur des souris, rats ou chiens, par des mises en contact prolongées avec des quantités de Pu dont l'activité est de quelques micro-curies.

Quantité maximale admissible dans l'organisme entier défini par la C.I.P.R. (Commission International de Protection Radiologique) :
0,04 micro-curie (4 centièmes de millionième de curie) soit
0,68 microgramme (68 centièmes de millionième de gramme).

L'utilisation et la manipulation du Pu doivent donc être faites dans des conditions de confinement très strictes si on veut éviter le risque de contamination des travailleurs et de la population.

La quantité maximum inhalable annuelle pour les travailleurs est:

- Pour le Pu soluble:
4,3 10-3 micro curie 7 10-2 microgramme
(4,3 milliardième de curie) (70 milliardième de gramme)

- Pour le Pu insoluble:
9,5 10-2 microcurie 1,54 microgramme
(95 milliardième de curie) (1,54 millionième de gramme)

Cette toxicité très élevée est due non seulement à l'émission de particules gamma très destructives, lorsqu'il y a contamination interne, mais aussi à la période biologique (temps d'évacuation d'un produit par le corps humain) très longue, de l'ordre de 100 ans pour le squelette et un an pour le poumon.

Pour les travailleurs, le risque le plus grand est la contamination par pluie ou par inhalation de poussière. Pour le public, le risque est lié à l'ingestion par une contamination initiale de l'eau, ou des sols, puis par une absorption par les plantes, les algues ou les animaux.

La présence du Pu dans l'environnement est actuellement due aux retombées des explosions nucléaires : 5 à 11 tonnes de Pu 239, répartis sur la terre entière.

L'introduction de Pu dans l'organisme peut se faire par la chaîne alimentaire. Le Pu peut être concentré par des organismes marins, en particulier, des varechs géants et le plancton. Certains poissons ont des teneurs en Pu 5 fois plus élevés que les mers où on les pêche. Les moules peuvent le concentrer jusqu'à 300 fois.

Certains accidents ont provoqué la dispersion du Pu sur terre. Ainsi, à PALOMARES (Espagne), un avion transportant des bombes atomiques s'écrasa au sol. 2 bombes sur 3 furent endommagées, l'une d'elles fut détruite par l'explosion de la charge conventionnelle.

De l'uranium et du Pu brûlèrent. De vastes territoires furent contaminés. 100 m3 de débris de plantes, 300 m3 de terre furent évacués aux U.S.A. pour y être stockés.


Et maintenant :

La section C.F.D.T. de B-III demande :

1. Qu'un contrôle systématique radiologique du personnel de Mururoa soit effectué, en particulier Spectro X.

2. Qu'un inventaire de tous les personnels, civils et militaires, présents sur le Site, soit effectué pour préserver leurs droits à maladie professionnelle, vis-à-vis de la Sécurité sociale.

3. Que des mesures de protection du personnel soient prises et indiquées.

4. Que des mesures concernant la contamination des différentes zones de Mururoa soient publiées.

5. Que le «Secret-Défense» couvrant ces affaires soit levé. Pas de secret pour la sécurité.

6. Qu'un rapport détaillé soit établi par une commission d'études spécialisée comprenant les représentants du personnel (commission du C.H S.).

 

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