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Contrebandiers nucléaires, les ingénieurs suisses Tinner étaient aussi des informateurs de la CIA - Le Monde - 25 Janvier 2008

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Un roman d'espionnage, doublé d'une affaire d'Etat. C'est ainsi que l'on peut résumer l'"affaire Tinner", du nom des trois ingénieurs (père et fils) de Saint-Gall objets d'une enquête depuis 2004 pour avoir alimenté le réseau de contrebande nucléaire du "père" de la bombe atomique pakistanaise, Abdul Qadeer Khan. Et dont on a désormais la certitude qu'ils travaillaient également pour la CIA.

Jeudi 22 janvier, la délégation des commissions de gestion (organe parlementaire chargé de contrôler les activités liées à la sécurité de l'Etat) a sévèrement critiqué la manière dont le Conseil fédéral (gouvernement) avait, sous pression américaine, géré ce dossier.

Dès 2006, indique le rapport, Washington propose à Berne que les pièces saisies chez Friedrich Tinner et ses fils Urs et Marco - des plans pour la fabrication d'armes atomiques et de centrifugeuses pour enrichir l'uranium - lui soient remises, pour qu'elles ne tombent pas entre de mauvaises mains. Puis, en 2007, de hauts responsables, dont Condoleezza Rice, demandent que la collaboration des Tinner avec les services de renseignements américains, en particulier pour empêcher la Libye de se doter de l'arme atomique, ne "soit ni révélée ni poursuivie dans le cadre de la procédure pénale en cours".

ORDRE SECRET

Fin août 2007, le Conseil fédéral refuse ainsi que les ingénieurs, déjà inculpés pour violation de la législation sur le matériel de guerre et blanchiment, soient poursuivis pour espionnage, comme le souhaitait le ministère public. Puis, le 14 novembre 2007, un ordre secret est donné de détruire l'essentiel des pièces à conviction du dossier judiciaire.

En mai 2008, à la suite d'une fuite dans la presse, le président de la Confédération avait expliqué que la Suisse ne pouvait pas conserver en sécurité de tels documents. Le rapport parlementaire juge cette décision "disproportionnée", lourde de conséquences pour la poursuite de l'enquête.

Personne ne sait en effet si les Tinner seront jugés. Marco, le frère cadet, âgé de 40 ans, vient d'être libéré sous caution. Urs, l'aîné, est sorti de prison avant Noël, après plus de quatre ans de détention préventive. Jeudi, ce moustachu brun au visage poupin, aux antipodes de l'image romanesque de l'agent double, a confirmé à la Télévision suisse romande (TSR) avoir travaillé, dès 2002, en Malaisie, pour le réseau du Dr Khan. Puis avoir aidé les Américains à intercepter, en 2003, un cargo qui devait livrer des pièces détachées à Tripoli.

Ainsi, prise la main dans le sac, la Libye avait dû renoncer, en 2004, à son programme nucléaire clandestin.

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