Après l’annonce de la reprise des essais nucléaires en plein moratoire
Il y a 15 ans, une bombe explosait à Moruroa, entraînant une émeute à l’aéroport de Tahiti-Faa’a et l’embrasement de Papeete. Avec le recul, l’histoire montre que cette flambée de violence était inévitable. Depuis le 13 juin 1995, avec l’annonce de la reprise des essais nucléaires à Moruroa et Fangataufa, par le président Chirac, la réprobation et la tension ne faisaient que croître au fil des mois. 
En métropole, le parti socialiste réclamait un référendum. Dans le Pacifique et dans le monde, on boycottait les produits français. A Tahiti, les antinucléaires de Greenpeace se lançaient dans des batailles navales avec la marine nationale et ses commandos. Mais le feu aux poudres, ce sont les indépendantistes et les syndicalistes qui le mettront finalement. A l’aéroport, la manifestation de A tia imua, conduite par Hiro Tefaarere, et soutenue matériellement par le maire de Faa’a, conduisait à des heurts violents avec les gendarmes. A la tombée de la nuit, Papeete s’embrasait. La campagne d’essais ne sera pas arrêtée pour autant, et le dernier tir aura lieu le 26 janvier 1996.

Grosse frayeur à l'aéroport
Les émeutes de septembre 1995 ont réellement démarré lorsqu’une véritable horde de manifestants en provenance de Papeete est arrivée à l’aéroport de Tahiti-Faa’a afin d’empêcher l’avion de AOM de décoller vers Paris, en début de matinée. Quelques dizaines de gros bras ont alors soulevé le portail métallique coulissant qui contrôlait l’accès de la zone nord de la plate-forme aéroportuaire, à laquelle on se rendait à l’époque par une route qui traversait la piste d’aviation. Une fois sorti de ses rails, le portail a été repoussé, et les opposants à la reprise des essais nucléaires ont alors envahi le tarmac, en effectuant tout d’abord un sitin sur la piste, tandis que certaines personnes plus virulentes que d’autres s’attaquaient à des lampes de balisage ou autres installations aéroportuaires.
C’est en milieu de matinée que les choses se sont gâtées : un ou plusieurs leaders ont alors véritablement donné l’ordre aux manifestants de partir à l’attaque de l’aéroport. Ces derniers se sont alors levés pour se diriger vers l’avion de AOM, dans lequel les passagers avaient déjà embarqué depuis longtemps. Terrifiés, les voyageurs ont assisté impuissants à une véritable prise d’assaut de l’avion, certains jetant des cailloux sur la carlingue, d’autres projetant même des pierres dans un des réacteurs. Le décollage de l’appareil était définitivement compromis. Les manifestants ont ensuite poursuivi leur méfaits au sein même de l’aérogare, en cassant tout ce qui pouvait l’être, et en mettant le feu à de multiples endroits : zone d’embarquement, snack et restaurant, locaux de la police de l’air et des frontières… Même le Fare hei rénové, où les mama vendent les colliers de fleurs et de coquillages, a été incendié.
À la tombée du jour, le parking était un véritable champ de bataille. Les dizaines de véhicules qui s’y trouvaient avaient été incendiés. Quant aux passagers du vol AOM, ils ont été contraints de quitter l’appareil, et on pu s’échapper de l’aérogare en portant leurs bagages à la main, bien contents d’être enfin libres et surtout sains et saufs, après ce qu’ils avaient vécu.






