L’INVITÉ. Bruno Barrillot, tout juste revenu de New York où il a reçu un prix de la Fondation pour un futur sans nucléaire, était l’invité de l’émission À vous la parole sur Radio 1 hier. “On a toutes les preuves scientifiques”, assure-t-il pour prouver que les essais nucléaires ont eu des conséquences environnementales sur Moruroa et Fangataufa.
L’ESSENTIEL
* “Un jour ou l’autre un pan de l’atoll de Moruroa risque de s’effondrer et de provoquer une contamination de la zone océanique”, prévient Bruno Barrillot
* “Il risque d’y avoir assez peu d’indemnisations réelles tellement les conditions sont draconiennes dans le décret d’application de la loi Morin”, regrette-t-il
* “L’attentat du Rainbow Warrior” a eu un effet “déclencheur” dans le parcours de militant anti-nucléaire de Bruno Barrillot
Le 30 septembre dernier, Bruno Barrillot a reçu un prix de la Fondation pour un futur sans nucléaire à New York. Modeste, il souligne : “¢e n’est pas le couronnement, ni la lutte finale. C’est un encouragement à poursuivre tout un processus qui s’est engagé. C’est tout un réseau qui s’est organisé depuis plus de 20 ans dans la lutte contre les essais nucléaires français et aujourd’hui pour la reconnaissance des conséquences des essais nucléaires.”
Le responsable de la délégation polynésienne pour le suivi des conséquences des essais nucléaire est loin d’être prêt à remettre au placard ses revendications et à ranger ses cartons d’archives. Alors que le comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires a été mis en place en juin dernier, 19 dossiers ont été déposés par des anciens travailleurs polynésiens du nucléaire. “Ce matin nous avons reçu un courrier qui indique qu’il manque des papiers au dossier d’un ancien travailleur de Moruroa qui est décédé”, explique-t-il. “C’est tout à fait typique de ce que va être le processus de la loi Morin. Il faut réunir une avalanche de papiers pour constituer un dossier. Cela va être très difficile à constituer surtout pour des travailleurs polynésiens. Les Polynésiens en général sont une civilisation orale dans laquelle on ne garde pas les papiers.” Pour Bruno Barillot, au final, “il risque d’y avoir assez peu d’indemnisations réelles, tellement les conditions sont draconiennes dans le décret d’application.”
Le combat des anti-nucléaires se poursuit. L’objectif maintenant est de faire reconnaître les conséquences des essais sur l’environnement. “Dispose-t-on de données scientifiques pour dire que les atolls de Moruroa et Fangataufa sont contaminés ?” l’interroge le journaliste Serge Massau. “On a toutes les preuves scientifiques”, insiste Bruno Barrillot. “Le ministère de la Défense publie chaque année un rapport que personne ne lit, y compris au niveau polynésien.” “Ces rapports disent qu’il y a de la contamination à Moruroa, contrairement à ce qu’affirme le délégué à la sûreté nucléaire Marcel Jurien de la Gravière et ses amis quand ils viennent ici”, poursuit l’ancien prêtre et journaliste de Libération. “Les atolls ne sont pas entièrement fermés, et donc le système biologique est concerné, mais il y a aussi des risques géologiques, d’effondrement. Il est possible que les cavités souterraines d’explosion se déversent dans la zone océanique et contaminent toute la chaîne biologique. Un jour ou l’autre un pan de l’atoll de Moruroa risque de s’effondrer et de provoquer une contamination de la zone océanique.” Il ajoute : “On ne sait pas quand mais, d’après des scientifiques indépendants, certainement pas dans les temps géologiques mais probablement dans les 20, 30 ou 40 ans.”
C’est “l’attentat du Rainbow Warrior” le 10 juillet 1985 qui a eu un effet “déclencheur” dans son parcours de militant antinucléaire. “C’était quand même quelque chose de scandaleux d’empêcher l’opinion et une ONG de s’exprimer et de commettre un acte de piraterie dans un pays ami”, rappelle-t-il. “C’est inimaginable pour quelqu’un qui a un peu conscience de sa citoyenneté française. C’était une grande émotion.” Cette même année, il décide de quitter les ordres. “J’ai expliqué à l’archevêque de Lyon que je ne pouvais pas accepter que les évêques de France, au moment où il y avait un grand débat sur les armes nucléaires en Europe, prennent position en faveur de la dissuasion nucléaire. Cela m’avait véritablement choqué. Je me sentais mal à l’aise et en décalage.”
Toute cette époque, les plus jeunes ne l’ont pas connue. Bruno Barrillot souhaite donc qu’un travail de mémoire soit fait. ”Il y a ici un grand déficit de la connaissance sur la période des essais nucléaires. Il faut travailler avec les jeunes générations”, insiste-t-il. “Les anciens travailleurs de Moruroa et ceux qui ont vécu la période du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP) commencent à disparaître. Il faut récolter leur mémoire et la diffuser. On essaie de travailler avec un groupe d’instituteurs pour faire des documents qui correspondent à des jeunes de 10, 12 ans et aux lycéens. Il y a eu une bande dessinée, Au nom de la bombe”, énumère-t-il. “Il y a un projet de DVD qui commence le mois prochain pour recueillir la mémoire de tous ceux qui ont été les personnages clés de la période du CEP. Il y a aussi ce projet qu’on mène en commun avec les responsables du Pays et de l’État sur un centre de mémoire sur la période du CEP.”





